Vous vous êtes déjà demandé pourquoi certains traileurs semblent encore frais après 100 km de course et finissent fort, alors que d'autres n'arrivent plus à avancer ? Ce n'est pas uniquement une question de génétique ou d'alimentation, mais souvent le résultat d'un travail méthodique sur un aspect de l'entraînement trop souvent négligé : l'endurance de force, aussi appelée endurance musculaire, et la durabilité.
En course à pied, en trail et en ultra, on parle beaucoup de VMA, de vitesse ascensionnelle, de seuil, de force ou d'économie de course, mais rarement de durabilité. Pourtant, ce qui limite le plus vos performances en trail long, c'est votre capacité à maintenir vos qualités physiques malgré l'accumulation de la fatigue. Une meilleure durabilité vous permet de garder une bonne allure et une foulée efficace, d'économiser votre énergie et de finir fort, sans vous effondrer.
Dans cet article, Alexandre Auffret, kinésithérapeute, coach sportif et traileur, vous explique ce que sont l'endurance de force, la fatigue neuromusculaire et la durabilité, et comment les développer à l'entraînement pour réussir vos prochains objectifs en trail et en ultra. Ce travail complète le renforcement musculaire pour le trail, qui reste la base.
- Qu'est-ce que la durabilité et l'endurance de force ?
- Pourquoi l'endurance de force est cruciale en trail
- Améliorer votre durabilité : les bienfaits
- Méthodes d'entraînement pour améliorer votre durabilité
- Plans d'entraînement « durabilité » pour le trail
- Tester votre durabilité sur le terrain
- Rôle de la nutrition et de l'hydratation
- Gestion de l'allure pendant la course
- Comprendre la fatigue en trail
- Différence de fatigue : ultra-trail et trail court
- Durabilité : les femmes plus endurantes que les hommes ?
- Questions fréquentes (FAQ)
- Témoignages
En bref : la durabilité est votre capacité à garder vos qualités physiques (allure, foulée, force) malgré la fatigue, et l'endurance de force (ou endurance musculaire) est la capacité de vos muscles à répéter leurs contractions pendant des heures. En trail, elles se développent avec du volume en endurance fondamentale et des sorties longues, un bloc de force de 6 semaines, puis un bloc d'endurance de force de 6 à 10 semaines avant votre objectif : 1 séance de renforcement en endurance de force par semaine et 1 séance en côte, avec au moins 48 heures entre les deux.
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- Vous débutez le renforcement ? Renfo Trail Fondations : les bases pour se renforcer à la maison →
- Vous préparez un trail long ou un ultra ? Renfo Trail Performance : un bloc de force, puis une phase d'endurance de force (endurance musculaire) avant votre course →
Vous pouvez écouter mon podcast sur l'endurance de force pour le trail running ici :
Définitions : durabilité et endurance de force
La durabilité est la capacité à maintenir vos paramètres physiologiques et biomécaniques stables au fil des heures, malgré la fatigue. L'endurance de force, aussi appelée endurance musculaire, est la capacité de vos muscles à répéter des contractions pendant longtemps sans perdre leur force : c'est l'un des principaux piliers de la durabilité en trail.
La notion de durabilité a été proposée par les chercheurs à partir de 2021 (1). Elle est aujourd'hui considérée comme la « 4e dimension » de la performance en endurance, aux côtés de la VO2max, du seuil lactique et de l'économie de course (2). En effet, ces trois qualités ne sont pas figées : elles se dégradent au fil de l'effort, et d'un athlète à l'autre, cette dégradation varie énormément.
L'endurance de force se distingue de l'endurance cardiorespiratoire (ou capacité aérobie), qui correspond à la capacité du corps à capter, transporter et utiliser l'oxygène, et qui dépend du cœur, des poumons et des muscles.
Lorsque l'on parle d'endurance de force et de durabilité, on parle donc de la capacité de vos muscles et de l'ensemble de votre corps à résister à la fatigue, pour maintenir votre allure pendant des heures sans ralentir. Un bon entraînement en trail doit cibler ces qualités pour développer des adaptations spécifiques : des fibres musculaires plus résistantes, davantage de mitochondries, une meilleure utilisation des graisses comme carburant et une commande nerveuse qui fatigue moins sur la durée.
À LIRE : Comment améliorer l'endurance musculaire ? Séance et programme
Pourquoi l'endurance de force est cruciale pour le coureur de trail
En trail, ce sont souvent les jambes, et non le cœur ou le souffle, qui limitent la performance en fin de course. Sur les ultras, les dégâts musculaires liés à la répétition des montées et surtout des descentes sont considérés comme le principal frein à la performance (3).
Un coureur peut donc avoir d'excellentes capacités cardiovasculaires et pourtant « exploser » en cours de route, parce que ses muscles ne sont pas assez endurants pour encaisser des heures de contractions très variées : concentriques en montée, excentriques en descente. Dans cette situation, ce qui vous empêche de garder votre allure, ce n'est pas votre cœur, mais vos jambes qui n'ont plus assez de force pour avancer.
Les études menées sur des traileurs montrent que les quadriceps et les mollets sont les deux groupes musculaires les plus touchés par la fatigue neuromusculaire : après un trail de 40 à 65 km, la force maximale des quadriceps baisse déjà de 17 à 28 %, et de 35 à 39 % après 100 à 110 km (4). Votre entraînement doit donc préparer ces muscles à la variété des efforts du trail : en montée, en descente et sur le plat.
Entraîner les fibres musculaires pour les rendre plus endurantes
Vos muscles sont composés de trois types de fibres, qui jouent chacune un rôle différent :
- Les fibres lentes (type I) : ce sont les fibres de l'endurance. Elles développent moins de force, mais se fatiguent très lentement et sont essentielles pour les efforts de longue durée.
- Les fibres intermédiaires (type IIa) : polyvalentes, elles combinent endurance et puissance. Elles prennent le relais dans les efforts plus intenses mais prolongés, comme en montée.
- Les fibres rapides (type IIx) : elles sont dédiées à la puissance et à l'explosivité, mais se fatiguent très vite. Elles servent surtout pour les efforts très courts, comme les sprints.
L'entraînement en endurance de force vise à rendre les fibres de type I et les fibres intermédiaires IIa encore plus résistantes à la fatigue. Le renforcement transforme aussi une partie des fibres IIx en fibres IIa, plus endurantes (5).
Améliorer votre durabilité : les bienfaits
Travailler votre durabilité vous permet de moins ralentir en fin de course, de garder une foulée efficace plus longtemps et de mieux encaisser les descentes. Chez des coureurs bien entraînés, 10 semaines de renforcement ont réduit la dégradation de l'économie de course après 90 minutes d'effort (6).
- Une meilleure résistance à la fatigue : vos muscles sont plus forts et plus endurants, ce qui vous permet de maintenir votre intensité pendant plusieurs heures sans être obligé de ralentir fortement.
- Une énergie mieux préservée : des muscles endurants gardent une meilleure économie de course, et consomment moins d'énergie à chaque foulée quand la fatigue s'installe. Vous économisez votre « carburant » pour tenir plus longtemps (6).
- Moins de dégâts musculaires en descente : le travail excentrique (montées de marche, descentes) prépare les fibres à mieux encaisser les chocs, ce qui limite les douleurs musculaires et le risque de blessure.
- Une foulée efficace jusqu'au bout : quand vos muscles se fatiguent, votre foulée se dégrade et vous perdez en efficacité. Une meilleure durabilité vous aide à garder une technique propre, même après des dizaines de kilomètres.
Méthodes d'entraînement pour améliorer votre durabilité
Pour améliorer votre durabilité, construisez d'abord une base de volume en endurance fondamentale avec des sorties longues régulières, puis ajoutez un bloc de force, suivi d'un bloc d'endurance de force combinant renforcement et séances en côte, sans dépasser 2 séances d'endurance de force par semaine.
1. Volume et sorties longues à basse intensité
La base de la durabilité repose sur la régularité et le volume d'entraînement. Chez des coureurs de même niveau, ceux qui font régulièrement des sorties longues et un volume hebdomadaire plus élevé gardent une économie de course qui se dégrade deux fois moins après 90 minutes d'effort (7).
Construisez une base solide en endurance fondamentale, avec la majorité de vos séances à basse intensité (zones 1 et 2), sous le premier seuil ventilatoire (SV1). L'effort perçu doit se situer autour de 2 à 4 sur 10 : vous devez pouvoir tenir une conversation. Ce travail développe vos capacités cardiorespiratoires et apprend à votre corps à utiliser davantage les graisses comme carburant, pour économiser le glycogène. Ralentir sur ces séances, quitte à marcher en montée, est le secret de la progression.
2. Le renforcement musculaire : d'abord la force, puis l'endurance de force
Avant de vous lancer dans le renforcement en endurance de force, réalisez un bloc de force d'environ 6 semaines (charges plus lourdes, séries plus courtes, pliométrie). Vos muscles et vos tendons ont besoin d'une base de force pour encaisser un travail d'endurance de force très exigeant. Ce travail de force améliore à lui seul la durabilité (6). Le bloc d'endurance de force n'est donc pas conseillé si vous débutez le renforcement.
Le renforcement en endurance de force repose ensuite sur un principe différent : des séries longues, avec peu de récupération, pour amener le muscle vers la fatigue.
- Le principe : utiliser des exercices qui reproduisent les mouvements du trail, en ciblant les muscles et les fibres qui travaillent le plus en endurance.
- Les exercices clés :
- Squats jump et fentes sautées : des sauts enchaînés en séries longues (10 à 15 répétitions), pour recruter un maximum de fibres et les fatiguer.
- Montées de chaise lestées (step up) : sur une marche ou une chaise de 40 à 50 cm, avec un sac lesté de 5 à 10 % de votre poids, puis 10 à 15 % en fin de progression, faites des séries de 10 à 15 répétitions par jambe. Cet exercice travaille la montée (concentrique) et la descente contrôlée (excentrique) des quadriceps.
- La progression : commencez au poids du corps à 10 répétitions, passez à 15, réduisez la récupération entre les séries (de 45 à 30 secondes), puis ajoutez du poids. À la fin de chaque série, vous devez ressentir une légère brûlure dans les muscles sollicités.
- La fréquence : 1 seule séance par semaine, pendant 6 à 10 semaines. Cette séance est très coûteuse : l'entraîneur Scott Johnston, qui prépare notamment les vainqueurs de l'UTMB 2025, ne conseille pas d'en faire plus quand le volume de course à côté est suffisant (8).
- Pour qui ? Pour les traileurs qui préparent un trail long ou un ultra, et surtout pour ceux qui habitent dans des régions peu montagneuses et ne peuvent pas faire le travail en montée près de chez eux.
Retrouvez la séance complète de 6 exercices, avec le programme de progression sur 8 semaines, dans ma séance d'exercices d'endurance musculaire.
3. Séance spécifique en côte
Les côtes sont l'outil le plus spécifique pour développer l'endurance de force et la résistance à la fatigue en trail. Elles sollicitent la force concentrique nécessaire pour monter, et la résistance excentrique nécessaire pour redescendre.
- Mise en pratique : marchez vite ou courez sur une pente raide (en nature ou sur un tapis incliné), sur 2 à 4 séries de 10 à 30 minutes, pour cumuler 20 à 60 minutes de travail selon votre niveau. Récupérez en descente, en vous concentrant sur le relâchement de vos muscles et la légèreté de votre foulée.
- Intensité : ce sont les jambes qui doivent vous limiter, pas le souffle (effort perçu de 6 à 7 sur 10, zones 3 et 4). Vous devez ressentir une brûlure dans les cuisses tout en maintenant le rythme.
- Astuce durabilité : si vous préparez un format long, placez de temps en temps ces montées en fin de séance ou de sortie longue, pour habituer vos muscles et votre système nerveux à travailler sous fatigue.
- Lest (optionnel) : vous pouvez ajouter dans votre sac 5 à 10 % de votre poids en montée, puis 10 à 15 % en fin de progression. Utilisez des bouteilles d'eau à vider au sommet, pour redescendre sans charge et préserver vos genoux.
Ne faites pas plus de 2 séances d'endurance de force par semaine (la séance de renforcement + la séance en côte), en les espaçant d'au moins 48 heures.
À LIRE : Comment marcher vite en montée en trail et en ultra ?
4. Sprints en côte
C'est l'outil idéal pour développer votre force neuromusculaire sans les impacts du plat. À la fin d'un footing en endurance fondamentale, faites 4 à 8 sprints de 15 à 20 secondes à intensité maximale dans une pente raide, avec 2 minutes de récupération en marchant. Ces sprints recrutent un maximum de fibres, sans ajouter beaucoup de fatigue.
5. Séance d'endurance de force en plein air
Trouvez une côte de 200 à 400 mètres. Montez à un rythme très soutenu (effort perçu de 8 à 9 sur 10), puis enchaînez immédiatement au sommet 10 à 15 squats jump. Redescendez en trottinant tranquillement pour récupérer. Répétez ce cycle 5 à 10 fois, pour associer la fatigue de la course et celle du renforcement. Cette séance compte comme une séance d'endurance de force.
D'autres alternatives permettent de travailler l'endurance de force, notamment le travail sur machine à escalier (stepper), ou le travail de force sur le vélo.
Construisez votre durabilité en trail et en ultra
Deux méthodes conçues et suivies par Alexandre Auffret, kiné et ostéo du sport
Pour poser les fondations de force qui retardent la fatigue musculaire.
- Séances en vidéo à pratiquer chez vous
- Progression sur plusieurs semaines
- Chat privé avec Alexandre
Pour les traileurs confirmés : méthode en 5 phases
- Planification sur toute la saison
- Durabilité et endurance musculaire
- Chat privé avec Alexandre inclus
Plans d'entraînement « durabilité » pour le trail
Ce bloc d'endurance de force dure 6 à 10 semaines, se place après un bloc de force d'environ 6 semaines et une base d'endurance fondamentale et de PPG, et se termine 2 semaines avant votre objectif, juste avant l'affûtage. Chaque semaine comprend 1 séance de renforcement en endurance de force et 1 séance en côte, espacées d'au moins 48 heures.
Plan 1 : 3 séances de trail par semaine
Plan 2 : 4 séances de trail par semaine
Nb : ces plans doivent être adaptés à votre niveau, à votre expérience et à votre course. Écoutez votre corps, et diminuez la charge si la fatigue s'accumule.
Comment évaluer votre durabilité sur le terrain ?
Pour tester votre durabilité, faites la même montée chronométrée deux fois : une fois en étant frais, et une fois après 1 h 30 à 2 h de course en endurance. L'écart entre les deux temps est votre repère personnel, à suivre d'un bloc d'entraînement à l'autre.
- Test 1 (état frais) : choisissez une montée de 10 à 20 minutes, toujours la même. Après un échauffement court, montez à effort maximal un jour où vous êtes reposé. Notez votre temps, votre vitesse ascensionnelle et votre fréquence cardiaque moyenne.
- Test 2 (état fatigué) : quelques jours plus tard, refaites le même test dans la même montée, mais cette fois après avoir couru 1 h 30 à 2 h en endurance. Notez les mêmes données.
- Interprétation : comparez votre temps fatigué à votre temps frais, en pourcentage. Il n'existe pas de norme officielle : chez des traileurs amateurs, le temps sur une boucle vallonnée augmente d'environ 8 % après 90 minutes d'effort, surtout à cause du ralentissement sur les montées (9). Chez des coureurs très entraînés, la vitesse en montée baisse d'environ 10 % chez les hommes et de 1 % chez les femmes après 3 heures (10). L'important est de voir cet écart diminuer au fil de vos blocs d'entraînement.
Ce protocole s'inspire de celui utilisé par le chercheur Jaume Lloria-Varella, que vous pouvez écouter dans mon podcast sur la durabilité. Pour les formats de plus de 6 heures, il conseille de faire le test fatigué à votre allure de course plutôt qu'à effort maximal.
Autres indicateurs complémentaires
- La vitesse ascensionnelle (VAM) : c'est le dénivelé positif que vous montez en 1 heure, en m/h. Elle permet de comparer vos tests même si vous changez de côte. Exemple : si vous montez à 1 000 m/h frais et à 820 m/h après 2 heures de trail, votre perte en montée est de 18 %. C'est une donnée de référence personnelle que vous pouvez améliorer.
- Le découplage entre fréquence cardiaque et allure en montée : si votre vitesse en montée baisse progressivement alors que votre fréquence cardiaque reste stable, c'est un signe de fatigue musculaire (9).
- Le ressenti (RPE) : gardez un effort perçu constant sur votre sortie longue et observez votre allure. Si votre vitesse chute pour le même effort, vos muscles perdent en efficacité.
- La foulée : observez votre foulée sur les derniers kilomètres de vos sorties longues. Si vous traînez les pieds ou si votre buste s'affaisse, c'est un signe clair de fatigue.
Vous voulez réduire votre perte de performance sous fatigue ? Un programme ciblé comme Renfo Trail Performance enchaîne un bloc de force et une phase d'endurance musculaire avant votre course, avec un suivi vidéo et un chat privé pour ajuster votre progression.
Rôle de la nutrition et de l'hydratation
Pour que vos muscles résistent mieux à la fatigue, apportez 60 à 90 g de glucides par heure pendant les efforts longs, hydratez-vous avec des électrolytes et mangez suffisamment de protéines pour bien récupérer entre les séances.
- Les glucides : ce sont la principale source d'énergie de vos muscles lors des efforts prolongés. Pendant un trail long ou un ultra, visez 60 à 90 g par heure, selon votre tolérance digestive et votre entraînement intestinal (11). Cela préserve le glycogène de vos muscles et repousse la fatigue.
- Les protéines : elles sont essentielles à la récupération musculaire. Après une séance, elles aident à réparer les micro-lésions des fibres, pour des muscles plus forts et plus résistants.
- L'hydratation et les électrolytes : l'eau est indispensable à la contraction musculaire, et le sodium aide à maintenir l'équilibre hydrique et le bon fonctionnement des muscles et des nerfs sur les efforts longs.
À LIRE : Guide de la nutrition pour le trail et l'ultra-trail
Gestion de l'allure pendant l'effort (stratégie de course)
La gestion de l'allure agit directement sur votre durabilité : un départ trop rapide ou une intensité mal contrôlée provoque une fatigue plus importante et plus précoce. Partez prudemment, marchez dans les montées raides et ne faites pas les descentes à fond en début de course, pour préserver vos muscles jusqu'à l'arrivée.
Sur un ultra, le niveau de fatigue neuromusculaire que vous accumulez dépend en grande partie de l'intensité à laquelle vous courez : votre organisme ajuste l'allure pour limiter les dégâts, et un départ trop rapide vous oblige à ralentir bien plus tard dans la course (12). Plus vous gérez finement votre effort dès le départ, plus vous tirez profit de la durabilité construite à l'entraînement.
- Ne partez pas trop vite : c'est l'erreur la plus fréquente. Un départ trop rapide puise dans vos réserves de glycogène et provoque un coup de moins bien après quelques heures de course. Contrôlez votre effort sur les premières heures, en veillant à ce que votre essoufflement ne soit jamais trop prononcé.
- Marchez en montée si nécessaire : alterner marche et course dans les montées préserve vos muscles, et c'est souvent plus efficace que de s'acharner à courir dans les pentes raides. Les bâtons aident aussi à soulager vos jambes dans les montées les plus raides.
- Gérez les descentes : en début de course, il est facile d'aller trop vite en descente, ce qui crée des dégâts musculaires précoces dont vous ne récupérerez pas pendant la course. Concentrez-vous sur la fluidité de votre foulée pour ne pas « casser » vos quadriceps.
Vous pouvez écouter mon podcast sur la préparation et la gestion d'un ultra-trail pour en apprendre davantage :
Comprendre la fatigue en trail : un phénomène multifactoriel
La fatigue en trail associe une fatigue périphérique, dans le muscle lui-même, et une fatigue centrale, liée au système nerveux, auxquelles s'ajoutent la baisse des réserves d'énergie et l'inflammation. Ces mécanismes interagissent en permanence.
- La fatigue périphérique (musculaire) : ce sont les altérations situées directement dans le muscle, causées par les perturbations métaboliques et par les micro-lésions des fibres, notamment liées à la répétition des descentes.
- La fatigue centrale (nerveuse) : le cerveau et la moelle épinière activent moins le muscle. La force diminue, la motivation baisse, et une sensation d'épuisement s'installe.
- L'interaction entre les deux : quand les dommages musculaires augmentent, les récepteurs de la douleur et de l'inflammation envoient des signaux au cerveau. Pour protéger l'organisme, le cerveau réduit alors la commande envoyée aux muscles : il bride volontairement la force disponible dans les jambes.
- La dégradation de l'économie de course : au fur et à mesure que les muscles se fatiguent, la foulée devient moins efficace et le corps dépense plus d'énergie pour la même allure. On peut observer une foulée plus lourde, des pieds qui traînent et une posture affaissée.
- Les facteurs métaboliques et inflammatoires : la baisse des réserves de glycogène favorise la fatigue, et les lésions musculaires provoquent une inflammation qui participe à la douleur et à la raideur.
Un plan d'entraînement complet doit donc travailler à la fois la résistance de vos muscles, celle de votre système nerveux, et la gestion de votre énergie pendant la course.
Différence de fatigue : ultra-trail et trail court
Sur un trail court, la fatigue d'origine centrale prédomine (système nerveux), alors que sur un ultra de 100 km ou plus, la fatigue périphérique et les dégâts musculaires deviennent prédominants (4). Ces résultats varient toutefois selon les tests utilisés dans les études.
- Sur un trail court (60 km ou moins) : l'effort est plus court et plus intense. La fatigue est liée à la difficulté du système nerveux à maintenir une commande élevée malgré l'accumulation de déchets métaboliques dans les muscles.
- Sur un ultra-trail (100 km ou plus) : la fatigue devient surtout périphérique et structurelle, avec des dégâts musculaires beaucoup plus importants. Après un ultra de montagne de 166 km, la force maximale baisse d'environ 35 % pour les quadriceps et 39 % pour les mollets, et il faut 9 à 16 jours pour la récupérer (13). L'épuisement est plus global, et la gestion de l'énergie devient déterminante.
- Entre 60 et 100 km, les deux types de fatigue se combinent.
Ce que cela change pour votre entraînement
- Trail court (60 km ou moins) : priorité aux intervalles à haute intensité, au travail en côte à haute intensité et à la force neuromusculaire (charges lourdes, pliométrie, sprints en côte).
- Trail long et ultra (100 km ou plus) : priorité au volume en endurance fondamentale, aux sorties longues avec beaucoup de dénivelé, au bloc d'endurance de force et au travail en descente.
À LIRE : Préparation physique, mentale et entraînement pour l'ultra-trail
Durabilité : les femmes plus endurantes que les hommes ?
À niveau égal, les femmes semblent mieux résister à la fatigue sur les efforts longs : dans une étude de 2026, leur vitesse en montée n'a baissé que de 1 % après 3 heures de course, contre 10 % chez les hommes (10) (Je décrypte cette étude en détail ici : durabilité des femmes et des hommes en trail). Les données restent cependant limitées, et une revue récente conclut à des différences globalement faibles (4).
Je décrypte cette étude en détail ici : [durabilité des femmes et des hommes en trail]
Dans cette étude, des traileurs et traileuses de même niveau ITRA ont couru 3 heures sur tapis, en laboratoire, à intensité modérée, avec une montée chronométrée toutes les heures (10) :
- Une meilleure résistance musculaire : après 2 heures, la force des quadriceps avait baissé de 18 % chez les hommes, sans perte mesurable chez les femmes.
- Une utilisation des glucides mieux préservée : après 3 heures, l'utilisation des glucides avait baissé de 29 % chez les hommes, contre 9 % chez les femmes, signe d'un épuisement plus rapide de leurs réserves.
- Un effort perçu qui augmente moins : +30 % chez les femmes, contre +47 % chez les hommes.
Sur un ultra-trail de 110 km, une autre étude a montré que la force des quadriceps baissait moins chez les femmes (−29 %) que chez les hommes (−38 %), avec moins de fatigue périphérique des mollets (14). Les chercheurs évoquent plusieurs explications : une proportion plus élevée de fibres lentes, une meilleure utilisation des graisses, et une charge mécanique absolue plus faible à intensité égale.
En course, la gestion de l'allure s'ajoute à ces différences physiologiques. Sur près de 92 000 marathons analysés, les hommes ralentissent davantage en deuxième moitié de course que les femmes (15,6 % contre 11,7 %), et les femmes ont 1,5 fois plus de chances de maintenir leur allure (15). Dans l'étude de 2026, l'allure était imposée : l'avantage observé y est donc physiologique. En course réelle, une gestion de l'effort plus régulière vient le renforcer.
Si vous êtes un homme : votre gestion de l'effort doit être encore plus prudente que vous ne le pensez. Partez doucement, et alimentez-vous tôt et régulièrement pour retarder la fatigue.
Si vous êtes une femme : vous avez probablement un avantage sur les efforts longs. Mais une meilleure résistance à la fatigue ne permet pas d'augmenter le volume sans limite. Les femmes sont plus exposées au déficit énergétique relatif (RED-S) : si vous ne mangez pas assez par rapport à vos dépenses, cet avantage disparaît et les blessures s'accumulent.
Ces résultats rappellent surtout que l'entraînement doit être adapté au profil de chaque athlète.
Questions fréquentes (FAQ)
Qu'est-ce que l'endurance de force en trail ? C'est la capacité de vos muscles à produire de la force de façon répétée pendant des heures, en montée comme en descente, sans faiblir. On parle aussi d'endurance musculaire.
Comment travailler l'endurance de force ? Après un bloc de force de 6 semaines, faites pendant 6 à 10 semaines 1 séance de renforcement en endurance de force par semaine (séries longues, peu de récupération) et 1 séance en côte (marche rapide ou course en montée, à un rythme soutenu 6-7 / 10 RPE), espacées d'au moins 48 heures, en plus de vos sorties longues.
Quelle différence entre durabilité et endurance de force ? La durabilité est la capacité de tout votre organisme à garder ses qualités (VO2max, seuil, économie de course, foulée) malgré la fatigue. L'endurance de force en est l'un des piliers, à l'échelle du muscle.
Combien de séances d'endurance de force par semaine ? Pas plus de 2 : 1 séance de renforcement et 1 séance en côte, espacées d'au moins 48 heures. La séance de renforcement en endurance de force est très fatigante : 1 par semaine suffit si votre volume de course est suffisant.
Quand placer le bloc d'endurance de force ? Après une base d'endurance fondamentale et un bloc de force d'environ 6 semaines, sur les 6 à 10 semaines qui précèdent votre course, en le terminant 2 semaines avant pour l'affûtage.
Peut-on travailler l'endurance de force quand on débute ? Ce n'est pas conseillé. Commencez par construire votre volume de course et une base de force avec un renforcement plus classique, avant de passer à ce travail très exigeant.
Faut-il s'entraîner avec un sac lesté ? C'est une option intéressante en montée, en marchant : commencez à 5 à 10 % de votre poids, puis 10 à 15 % au maximum. Redescendez sans charge pour protéger vos genoux. C'est une méthode à envisager en dernière intention, une fois que toutes les bases de l'entraînement et du travail d'endurance de force "classique" sont en place.
Témoignages
Dans le programme Renfo Trail Performance, un bloc de force prépare vos muscles et vos tendons, puis une phase d'endurance musculaire de 4 à 8 semaines prend le relais avant votre course. Voici des témoignages de traileurs qui ont suivi les programmes de renforcement trail d'Alexandre Auffret :
Hervé : « J’ai commencé le programme de renforcement musculaire spécifique trail en novembre 2024, avec pour objectif une des courses de l’UTMJ, la Franco-Suisse, en octobre 2025. J’habite en plaine. L’un des objectifs du renforcement musculaire était pour moi de compenser le manque de dénivelé et d'atteindre une plus grande durabilité en course.
J’ai suivi scrupuleusement les différentes étapes du programme. J’ai pu constater au fur et à mesure des semaines et des mois une différence de puissance en montée, de stabilité en descente et de durabilité. La Franco-Suisse a eu lieu le 4 octobre dernier, sur 105 km. Le programme de renforcement musculaire a fortement contribué à cette réussite : j’ai fini dans le top 100. En effet, une de mes grandes satisfactions a été ma durabilité et la faible perte d’allure entre la fin et le début de la course. Un grand merci pour la qualité du programme, avec des explications claires, étayées par des vidéos didactiques.
Je suis pleinement satisfait de ce programme. »
Roberto : « J’ai commencé le programme de renforcement (trail) il y a 7 mois et déjà, au bout de quelques semaines, j’ai vu les progrès en endurance et en force. Maintenant, après 7 mois de pratique, je confirme que c’est vraiment efficace ! Je cours les côtes plus facilement, j’ai plus de vitesse à plat, je suis beaucoup plus endurant (dans les ultras et les sorties longues).
Bref, le programme est vraiment à suivre si on veut s’améliorer dans la course à pied en particulier et dans la forme en général. Merci Alexandre ! »
En résumé
En trail long et en ultra, ce sont souvent vos jambes qui décident de la fin de course. Pour améliorer votre durabilité et votre endurance de force, misez sur le volume en endurance fondamentale et les sorties longues, faites un bloc de force, puis un bloc d'endurance de force de 6 à 10 semaines avant votre objectif (1 séance de renforcement et 1 séance en côte par semaine), et gérez prudemment votre allure et votre alimentation le jour de la course.
Pour être guidé pas à pas :
- Renfo Trail Fondations : les bases, si vous débutez le renforcement →
- Renfo Trail Performance : force, puis endurance musculaire, jusqu'à votre course →
Vous préparez un ultra ? Planifions votre préparation ensemble en visio (+ plan personnalisé) >>
D'autres questions après la lecture de cet article ? N'hésitez pas à m'écrire vos questions et commentaires en bas de la page.
- 1) Maunder et al. 2021 — The Importance of 'Durability' in the Physiological Profiling of Endurance Athletes (Sports Medicine)
- 2) Jones 2023 — The fourth dimension: physiological resilience as an independent determinant of endurance exercise performance (J Physiol)
- 3) Tiller & Millet 2024 — Decoding Ultramarathon: Muscle Damage as the Main Impediment to Performance (Sports Medicine)
- 4) Muñoz de la Cruz et al. 2026 — Decoding Neuromuscular Fatigue in Trail Running: A Systematic Review Across Distances and Sex Differences (IJSPP)
- 5) Campos et al. 2002 — Muscular adaptations in response to three different resistance-training regimens (Eur J Appl Physiol)
- 6) Zanini et al. 2025 — Strength training improves running economy durability and fatigued high-intensity performance in well-trained male runners: a randomized controlled trial (MSSE)
- 7) Zanini, Folland & Blagrove 2025 — Regular long runs and higher training volumes are associated with better running economy durability in performance-matched well-trained male runners (MSSE)
- 8) iRunFar 2025 — Coaching the 2025 UTMB Champions: Scott Johnston's Focus on Muscular Endurance
- 9) Lloria-Varella et al. 2025 — Assessing Physiological Durability in Trail Runners: Terrain-Specific Responses to a 90-Minute Submaximal Run (IJSPP)
- 10) Jaén-Carrillo et al. 2026 — Highly Trained Female Runners Show Greater Durability and Physiological Resilience Than Performance-Matched Male Counterparts (Scand J Med Sci Sports)
- 11) Thomas, Erdman & Burke 2016 — Nutrition and Athletic Performance: ACSM joint position statement (MSSE)
- 12) Can Neuromuscular Fatigue Explain Running Strategies and Performance in Ultra-Marathons? The Flush Model (Sports Medicine)
- 13) Millet et al. 2011 — Neuromuscular consequences of an extreme mountain ultra-marathon (PLoS One)
- 14) Temesi et al. 2015 — Are Females More Resistant to Extreme Neuromuscular Fatigue? (MSSE)
- 15) Deaner et al. 2015 — Men are more likely than women to slow in the marathon (MSSE)
- 16) Central fatigue aetiology in prolonged trail running races (Exp Physiol)
- 17) Temesi et al. 2021 — Effect of race distance on performance fatigability in male trail and ultra-trail runners (Scand J Med Sci Sports)
- 18) The role of the nervous system in neuromuscular fatigue induced by ultra-endurance exercise (Appl Physiol Nutr Metab)
- 19) Elite vs. Experienced Male and Female Trail Runners: Comparing Running Economy, Biomechanics, Strength, and Power (J Strength Cond Res)
- 20) The repeated bout effect influences lower-extremity biomechanics during a 30-min downhill run (Eur J Sport Sci)
- 21) Disparate Mechanisms of Fatigability in Response to Prolonged Running versus Cycling of Matched Intensity and Duration (MSSE)
- 22) Performance Determinants in Trail-Running Races of Different Distances (IJSPP)
- 23) Study of the Kinetics of the Determinants of Performance During a Mountain Ultramarathon: Trail Scientifique de Clécy 2021
- 24) Limits of Ultra: Towards an Interdisciplinary Understanding of Ultra-Endurance Running Performance (Sports Medicine)
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